Comment expliquer les pénuries de médicaments actuelles ?

(Mis à jour le: 10 octobre 2019)

Vous l’avez constaté à vos dépens récemment, mais des médicaments sont de plus en plus en rupture de stock. Si ce phénomène ne concernait que des médicaments soignant des pathologies peu graves, comme de l’aspirine, du paracétamol ou de l’homéopathie, alors les conséquences seraient certes embêtantes mais avec un impact limité. Or, la pénurie régulière de certains médicaments depuis une dizaine d’années concerne notamment des médicaments anti-cancéreux, des vaccins ou encore des traitements pour l’hypertension. Et si les patients ne prennent pas ces médicaments indispensables pour se soigner, alors leur état de santé risque de s’aggraver rapidement. Nous allons essayer de comprendre pourquoi nous en sommes arrivés là et quelles pourraient être les solutions envisageables afin de stopper ce phénomène.

Pénurie de médicaments, de quoi parle-t-on ?

Pénurie de médicaments

La définition de la pénurie de médicaments répond à une définition bien précise. Pour qu’un médicament soit annoncé en pénurie, ou plutôt devrait-on dire en rupture de stock, les deux critères suivants doivent êtres remplis :

  • Pour une pharmacie donnée, qu’elle ne possède plus le médicament et qu’elle ne puisse pas l’obtenir pendant une période de plus de 3 jours ;
  • Et que ce phénomène touche au moins 5% des pharmacies sur le territoire national.

En effet, il peut arriver qu’une pharmacie soit temporairement en rupture de stock d’un médicament précis pour des raisons diverses et variées. Mais si ce cas est isolé alors on ne peut pas parler de rupture de médicaments. Si vous allez dans la pharmacie voisine, alors vous trouverez votre médicament et on ne peut donc pas parler de rupture de stock.

Les pénuries de médicaments sont scrutées et analysées par l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament). Cette agence, qui notifie les médicaments pour les traitements les plus lourds, comme les anti-cancéreux, possède un rôle majeur dans l’industrie du médicament. Elle permet de faire le lien dans la chaîne du médicament, entre le laboratoire pharmaceutique qui en est le fabriquant, et les pharmacies qui commercialisent ces médicaments. Et comme nous allons le voir, la politique des laboratoires pharmaceutiques est l’une des raisons qui explique les pénuries de médicaments récurrentes.

Les laboratoires pharmaceutiques, où la production à flux tendu

Si certains médicaments sont en pénurie, c’est que les laboratoires pharmaceutiques concernés ne possèdent plus ces médicaments dans leurs stocks. Ces laboratoires disposent de moyens financiers importants, alors qu’est-ce qui peut expliquer qu’ils ne possèdent plus ces médicaments ?

Laboratoires pharmaceutique

Cela s’explique par la politique de production à flux tendu qu’ils appliquent. Par cette politique, les laboratoires ne fabriquent que le nombre de médicaments qu’ils estiment suffisants pour être consommés immédiatement. Leur stratégie n’est pas de produire plus de médicaments que nécessaire pour des raisons économiques. En effet, si le laboratoire pharmaceutique produit une quantité de médicaments plus importante que la demande, alors certains de ces médicaments ne seront pas consommés avant leur date de péremption, et ce sera de l’argent perdu par le laboratoire. Ceux-ci souhaitent donc optimiser leur modèle économique en rentabilisant au maximum leur production. Et effectivement, rien n’oblige les laboratoires pharmaceutiques à constituer des stocks de provisionnement.

La logique économique se heurte ici à aux questions du droit de l’accessibilité aux médicaments pour tous. Pour se défendre, les laboratoires pharmaceutiques affirment que la situation dressée n’est pas aussi simple. En effet, la production d’un médicament ne se fait pas uniquement à un seul endroit, mais cette chaine de production est éclatée. De ce fait, si un problème survient à l’un des maillons de la chaîne de production, alors c’est le nombre de médicaments achevés qui va en pâtir.

Est-ce que beaucoup de médicaments sont concernés par ces pénuries ?

Les chiffres le montrent, il est indéniable que de plus en plus de médicaments sont concernés par les pénuries. Dans ses rapports publiés, l’ANSM affirme que le nombre de pénuries a fortement augmenté au cours de ces dix dernières années : 45 cas en 2008, 175 en 2012, 440 en 2014, 540 en 2017 ! Le chiffre des pénuries a donc été multiplié par plus de 10 au cours de ces dix dernières années !

Pas de panique toutefois. Si ces chiffres peuvent inquiéter au premier regard, il faut néanmoins les rapporter aux différents nombres de médicaments qui existent sur le marché. Ramenées à ceci, le nombre de pénuries reste encore relativement limité. Mais cette tendance indéniable à la hausse a de quoi laisser légitimement interrogateur. Que peut-on faire alors ?

Est-ce que des solutions existent ?

Pénurie de médicaments

En théorie, des procédures sont prévues par l’Etat français pour éviter les ruptures de médicaments massives : les laboratoires sont contraints de mettre en place des plans de gestion des pénuries. Mais ces procédures ne sont pas suffisamment efficaces, en témoigne le nombre croissant de ruptures de médicaments.

Pour faire face à ce problème de fond, l’Etat a décidé de se saisir de ce sujet à bras et de proposer des axes de réflexion au cours du mois de septembre 2019. Voici quels sont ces axes :

  • Une généralisation de l’accès à la plateforme « DP-Ruptures » pour tous les pharmaciens afin de connaître exactement quels sont les médicaments en rupture de stock.
  • Une sécurisation de l’approvisionnement en médicaments qui concernent les traitements médicaux les plus lourds, particulièrement les médicaments contre les cancers.
  • Enfin, une cartographie précise de tous les sites de production des matières premières permettant l’élaboration des médicaments les plus importants.

Autre élément notable, des médecins ont demandé à ce que des stocks de réserve nationale puissent être constitués pour les médicaments soignant les pathologies les plus lourdes. Il n’est pas sûr que cette dernière proposition enchante les laboratoires pharmaceutiques, car ces médicaments sont généralement de ceux qui coûtent le plus cher, ce qui signifierait une perte économique pour les laboratoires.

Que va-t-il se passer dans les semaines et les mois à venir ? Espérons qu’une solution puisse être validée par tous les acteurs de la chaîne du médicament, afin que le patient puisse continuer à se soigner toujours dans  de bonnes conditions.

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